Le livre « Économie de l’(in)action climatique », de Christian Gollier, m’invite à proposer le complément pédagogique suivant. (août 2026)
/Alors là, bravo ! Ce livre, cette vulgarisation de la science économique appliquée à la menace climatique est, pour moi, une véritable merveille. C’est une sorte de bible qui met un nom sur les différentes attitudes que l’on rencontre face au changement climatique et permet d’en analyser les conséquences. On navigue aisément des décroissants aux techno-solutionnistes, en passant par toutes les positions intermédiaires. Le fil conducteur est celui de la tarification du carbone : quel prix sommes-nous prêts à payer pour éviter une tonne de CO₂ Je ne regrette, dans cet ouvrage, que le pessimisme qui s’installe peu à peu jusqu’à la conclusion. Si l’on suit l’auteur, il sera probablement difficile de responsabiliser tous les pollueurs et d’obtenir une acceptation sociale suffisante pour accomplir les efforts considérables qui seront nécessaires.
Je voudrais proposer un complément à cette remarquable analyse économique, esquisser une autre voie, qui me paraît prometteuse. Elle repose sur une conviction simple : avant de demander des efforts, il faut donner à chacun les moyens de comprendre les enjeux. Les êtres humains sont capables d’agir collectivement lorsque les connaissances, les émotions et les comportements sociaux convergent.
Pour introduire cette idée, remarquons les termes récurrents employés dans la conclusion du livre pour définir « les choses essentielles à retenir ». On y trouve : « IMPOSER un prix unique du carbone », « il SUFFIT DE TAXER les énergies fossiles », « choisir les INTERDITS que vous devrez IMPOSER à nos concitoyens », etc.
Ces mots sont révélateurs : imposer, taxer, interdire. Ils traduisent une approche principalement autoritaire qui serait menée par l’Etat. Or une telle démarche présente des inconvénients. Elle suscite souvent davantage de résistance que d’adhésion et est rapidement perçue comme « punitive », surtout lorsqu’elle s’adresse à des populations qui ne comprennent pas encore les mécanismes du dérèglement climatique. Cette perception ouvre un boulevard à une prétendue « écologie positive », démagogique, négationniste et irréaliste, qui laisse croire que les contraintes écologiques affichées ne servent en réalité que les intérêts de quelques-uns.
Au-delà de ces débats politiques, il me semble indispensable, pour des raisons à la fois pédagogiques et d’efficacité, qu’une éventuelle action autoritaire soit précédée d’un véritable apprentissage collectif. Les faits doivent d’abord être connus, puis admis. Ce n’est qu’ensuite qu’une interrogation collective peut naître, faire émerger une responsabilité individuelle, puis conduire à une mobilisation collective durable. Il faut laisser à cette prise de conscience le temps de s’installer avant de recourir aux instruments les plus contraignants.
Les sondages montrent que, dans la population française, nous n’en sommes encore qu’au tout début de cet apprentissage. Trouver un moyen de progresser sur ce chemin est précisément l’objet de mon Plaidoyer pour un compte CO₂ individuel (septembre 2025).
Un bonus-malus, ou même une taxe symbolique, appliqué chaque année à chacun en fonction de ses émissions de CO₂ constituerait un formidable outil pédagogique. Peu à peu, chacun chercherait à comprendre ce qu’il émet réellement, ce qu’il est pertinent de mesurer et ce que l’État est légitime à demander au nom du bien commun. Chacun pourrait ainsi mieux situer sa propre responsabilité dans l’effort collectif.
À mes yeux, ce chemin est probablement la meilleure manière de construire l’acceptation sociale indispensable à la réussite des politiques climatiques. Telle est la modeste contribution que je souhaite apporter au débat.
N.B. Les sources de cette réflexion figurent à cette adresse dans la vidéo du théâtre-forum :
http://association-acte.org/2024/05/02/les-videos-du-3-avril-2024/
« Si on donne l’information de ce que font les autres… »
« Ce n’est que ce qui nous touche profondément qui nous met en mouvement. »
« Alors la honte peut changer de camp. »
« Le CO₂ est difficile à mesurer, mais l’énergie libérée, elle, est facile à mesurer. »
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